J’ai écrit un premier article sur le COVID-19, dans un contexte où la notion de psychose était utilisée vis-à-vis de réactions jugées disproportionnées.

Aujourd’hui le contexte a changé. L’épidémie progresse très vite et chacun est appelé à réorganiser son mode de vie. J’ai des retours de patients qui s’inquiètent et disent céder à la « panique »[1]. Alors que les soignants se battent pour sauver des vies, ce billet vise à venir en aide à ceux qui seraient perdus ou tentés de s’isoler, en proposant quelques réflexions, en soumettant des questions qui ouvrent des possibilités que chacun pourra s’approprier et développer selon ses propres besoins.

Comment vivre avec et au-delà de la peur ?

La peur est légitime, c’est une émotion humaine normale face à une menace réelle avec laquelle il est possible de vivre en gardant la tête froide et les idées claires. Il peut être important de se décomplexer vis-à-vis de ses propres réactions et de celles des autres.

Prendre du recul en parlant à des proches ou professionnels par téléphone peut être une ressource importante. S’informer mais de façon proportionnée. Penser à se ressourcer en se divertissant, en regardant des films, en écoutant des émissions de radio sur des sujets divers, écouter de la musique, lire. Si on vit à proximité d’un espace vert, s’aérer ou ouvrir simplement une fenêtre et se laisser respirer tranquillement.

Comment appréhender un contexte mouvant avec des repères et des habitudes qui sont amenés à changer ?

En temps de crise, que celle-ci soit individuelle ou collective, il est absolument normal de vivre un sentiment de doute et d’instabilité. Un patient me demandait s’il perdait contact avec la réalité car son mode de vie changeait de par les réactions de son entourage. C’est normal d’être inconfortable face à des repères mouvants. Il n’y a pas de mode d’emploi mais celui-ci peut se construire jour après jour par l’engagement de chacun à faire face et à inviter plus de solidarité.

Comment retrouver des repères progressivement (organisation de vie, travail, liens sociaux), prendre soin de soi et des autres ?

Une crise est un processus. La temporalité change. Nous sommes conviés à vivre au jour le jour, de façon ralentie et cela n’est pas forcément dans les habitudes de chacun. Il est important de garder à l’esprit que cette période est transitoire et qu’on peut s’y adapter.

Comment rester liés mais avec des règles de vie différentes ?

Nous avons besoin de vivre ensemble. C’est un besoin humain fondamental mais il faut adapter nos habitudes sans pour autant diaboliser l’autre. Nous pouvons vivre avec nos proches avec des modalités différentes. Nous pouvons nous soucier des personnes vulnérables (personnes seules, âgées, à la santé fragile), encourager la solidarité. L’utilisation du téléphone, des appels vidéo, privilégier des sorties en nature en petits groupes peuvent êtres des options pour vivre ensemble différemment.

Comment continuer à rêver à un monde meilleur ?

Nous avons besoin de rêver (et) d’ailleurs, que nous le voulions ou non, nous rêvons toutes les nuits. Alors rêvons à comment cette période troublée peut favoriser de belles initiatives, des réflexions nouvelles, des réorganisations salutaires.

 

[1] La notion de « panique » peut constituer une étiquette au même titre que celle de « psychose » déconstruite dans mon article précédent (voir « Que nous raconte le COVID-19 ? »). La notion de panique désigne-t-elle une réaction individuelle intense à la peur ainsi qu’une perte de repères ? Peut-on aller au-delà de ce mot en le déconstruisant pour mieux se comprendre ?

 

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